Il y a 50 ans, le premier Centre Socioculturel de la ville de Nantes ouvrait à la Boissière…
Les Centres Socioculturels ont joué un rôle important dans l’émergence d’une certaine cohésion des différents groupes sociaux constituant « la mosaïque » des quartiers nord de Nantes. Ils ont permis la rencontre en un même lieu, d’habitants aux origines sociales et ethniques différentes. Retour sur les années 50 et le contexte de création du Centre de la Boissière …
Par Francis Peslerbe
Pourquoi un centre Socioculturel à la Boissière ?
1957 : c’est le début des travaux de construction du premier immeuble de la cité H.L.M. de la Boissière, rue des Renards. Des militants associatifs, syndicaux, récemment installés dans la zone pavillonnaire à caractère social, dite de la petite Boissière (ensemble pavillonnaire limité par la rue Stendhal, rue des Renards et René Guy Cadou), s’interrogent sur
l’organisation de la vie sociale de ce secteur nord de Nantes, en forte expansion. Membres de l’A.N.E.A.C. (Agence Nantaise pour l’Equipement et l’Aide à la Construction) ils installent, en 1959, le Conseil de Quartier Nantes Nord, le premier de la ville de Nantes. En janvier/février 1960, une consultation populaire est lancée « pour mieux connaître les besoins de la population qui doit passer de 5 500 habitants en 1954 à 17 200 en 1962 ». La liste des équipements revendiqués est longue : bureau de poste, de police, de la C.A.F, bureau payeur de la sécurité sociale, mairie annexe, groupes scolaires, dispensaires d’hygiène mentale et antituberculeux, hôpital de 25 à 30 lits, crèche, pouponnière, halte garderie, bains-douches, lavoirs, cinéma, marché …
Dans le même temps il faut prendre en compte la présence d’environ 8500 jeunes de moins de 15ans. Une enquête démontre l’urgence de la création de nouvelles classes pour accueillir les élèves sur la base « de 40 par classe, chiffre admis par l’Education Nationale ». L’accueil des enfants en dehors du temps scolaire est également posé : « le jeudi et pendant les vacances scolaires… ils seront maîtres des lieux, en particulier quand les adultes – au moins la moitié – seront au travail. Dans ces conditions l’équipement culturel avec les cadres nécessaires se révèle incontestablement le problème majeur… L’avenir de toute cette jeunesse est en jeu ! »
Dès lors le Conseil de Quartier va revendiquer auprès de la ville « la création d’un centre culturel qui ne soit pas seulement médico-social, mais ouvert à toutes les activités familiales, sociales, éducatives et culturelles… d’où son nom – (C.A.F.S.E. : Centre d’Action Familiale Sociale et Educative ) -… était l’équipement pivot au sein duquel devaient naître et croître ces services et activités certaines pouvant dans l’avenir… trouver un cadre plus approprié tels que maison des jeunes ou foyer pour personnes âgées». L’objectif est « la création et la gestion d’un Centre pour ce secteur déshérité dont la population égalera, en 1962, celle de la Roche-sur-Yon ».
Nous trouvons dans le 2e compte rendu du Conseil de Quartier, devenu Conseil d’Arrondissement, des précisions sur le rôle souhaité de ce Centre : « c’est l’élément essentiel des équipements, celui qui va permettre… l’organisation spontanée de la vie communautaire à l’échelon « unité de voisinage »… Il faut à tout prix dans les quartiers neufs :
• respecter la spontanéité des formes de relations, des activités sociales, culturelles qui naîtront, s’organiseront, se développeront…
• fournir, dès le départ du peuplement, le cadre nécessairement souple, adaptable, polyvalent, susceptible de développements futurs et sans doute provisoires… Le baraquement apparaît la formule idéale. Le temps venu il sera possible de faire du définitif, fruit de l’expérience. On évitera bien des erreurs. On saura exactement quoi faire. Ce sera le couronnement d’un effort communautaire d’organisation qui doit être permis sans imposer ni le carcan d’un bâtiment rigide, ni la tutelle abusive ».
Où faut-il implanter ce Centre ?
« Au centre de vie de l’arrondissement, en bordure du Petit Port… Nous rejetons le choix qui a été fait par les autorités responsables, de l’espace libre situé au milieu des collectifs Boissière-Fantaisie, espace restreint bien sûr, mais, beaucoup plus grave, ainsi enfermé ce Centre ne permettra aucunement cet échange souhaitable entre les habitants des pavillons et des collectifs ». Malgré cette opposition, quelques mois plus tard, le Conseil Municipal prend la décision de construire un Centre Médico-Social « au pied du plus grand immeuble du lotissement, près d’un magnifique jardin public » (journal La Résistance de l’Ouest). Contre l’avis des habitants, des associations, cette implantation au centre des grands ensembles d’habitat social va être répétée au Bout-des-Pavés en 1972, au Bout-des-Landes en 1976, à la Petite Sensive où les enfants vont être accueillis dans des caves ou appartements jusqu’en 2000 !
A l’usage on s’apercevra vite que cette disposition ne facilite pas l’ouverture sur le quartier et la mixité sociale. Lors de la rénovation des cités, lorsque cela a été possible, cet équipement a été réinstallé à l’extérieur (ex. le Centre Socioculturel du Bout des Pavés à la Mano).
A qui incombe la gestion de ce Centre Médico-Social ?*
Un conflit va vite apparaître à propos de la gestion de ce Centre : d’un côté les financeurs (ville et C.A.F.) décident que « l’organisation et le fonctionnement incomberont aux organismes sociaux officiels » et de l’autre les utilisateurs réclament que la gestion soit « confiée à ceux qui y sont les premiers intéressés, les habitants du quartier ». Là encore les militants de quartier n’obtiendront pas gain de cause.
50 ans plus tard …
Si le Centre Socioculturel de la Boissière a été le premier de la ville de Nantes c’est le résultat de la mobilisation des habitants qui ont, plus qu’ailleurs, été une force de proposition et de pression. Après la nomination du directeur, Maurice Lefeuvre, il faudra tout inventer. « Notre stratégie a été de susciter la création de structures associatives pour pallier le manque de moyens » (dotation de 800 F en 1963 soit l’équivalent de 1100 a aujourd’hui). Ainsi sont nées une association de loisirs pour les enfants de la Boissière (A.L.E.B.), une association de jeunes (A.C.B.), une association sportive (A.S.B.) et l’Association d’Action Educative et Familiale de la Boissière (A.A.E.F.B.) devenue l’A.A.S.C.E.B. « Avec les représentants de ces associations, nous allions à la C.A.F. et/ou lamairie pour solliciter des subventions. En même temps cela permettait aux usagers de s’impliquer dans l’animation du quartier et le fonctionnement du Centre ». (M. Lefeuvre).
Le Centre Socioculturel de la Boissière a souvent été exemplaire par son dynamisme. Il suffit de rappeler quelques initiatives très novatrices toujours portées par un engagement fort des bénévoles : l’atelier de modélisme, l’atelier de bricolage, la bourse aux vêtements, la formation des femmes, l’atelier d’anglais, l’école de rock, la ludothèque, le club de la Belle Epoque, les premiers départs en vacances, le Comité de Recherche pour l’Emploi de la Boissière (C.R.E.B.) devenu A.R.B.R.E.S., le groupe Histoire des Quartiers nord de Nantes…
Les conditions d’installation du Centre Socioculturel de la Boissière sont un bel exemple d’engagement citoyen. Aujourd’hui Nantes Nord compte quatre Centre Socioculturels. Les usagers y ont toujours tenu – et y tiennent encore – un rôle important.
N.B. : Les textes en italique sont extraits des comptes rendus du Conseil de Quartier etd’Arrondissement Nantes Nord.* Cette appellation va rapidement être abandonnée : « pour affirmer une orientation culturelle j’aiproposé Centre Socioculturel » (Maurice Lefeuvre, premier directeur).
Vous pourrez retrouver d’autres informations sur l’histoire de Nantes Nord dans le livre IV du Groupe Histoire des Quartiers Nord de Nantes.

