Chanter avec « Les Voix du Nord »

Les temps sont durs, la vie en général pas facile. La sinistrose gagne du terrain. Un bon moyen pour la chasser : CHANTER.  « Les Voix du Nord » ne demandent qu’à vous accueillir.

Par Georges Négrel

20 heures. En cette fin d’hiver frisquette, au pied des barres du « Chêne des Anglais ». Tout est calme. Le bâtiment de LA MANO, bruissant souvent de réunions à toute heure, paraît désert ce soir. Mais voici qu’arrive, à pied, en tram ou en voiture, un certain nombre de personnes, un classeur sous le bras. Comme tous les mercredis, « Les Voix du Nord » répètent, de 20h15 à 22h15.
Sous la présidence bienveillante de Roger Guibert, enseignant en retraite, l’association fondée en 1998, réunit actuellement 48 amoureux du chant choral. Vous les avez sûrement entendu exprimer leur passion lors du « Marché de Noël » auquel ils participent régulièrement, et cette année lors de la présentation des vœux du Maire. Les adhérents habitent principalement nos quartiers, mais viennent aussi du centre ville, d’Orvault, de La Chapelle sur Erdre, et même de Rezé.
Ils ont participé le 18 mars dernier à une rencontre inter chorale, événement renouvelé chaque année, au bénéfice de « Rétina » une association de soutien aux malades atteints de dégénérescence maculaire (de la rétine), et cette année à « Vivre avec le SED » ou Syndrome d’Helers Danlos, qualifié de « maladie rare » par les autorités médicales, et dont souffre une des choristes.
J’y étais, et j’ai pu constater la progression continue réalisée sous la houlette de Claire Legland, en charge de la chorale depuis septembre 2008.
Claire a suivi une formation de chef de chœur au Conservatoire de Région de Nantes, et a été admise récemment pour une formation approfondie au Conservatoire National de Paris.
Le Président et Claire ont bien voulu que j’assiste à la répétition de ce soir là.
La tension avec laquelle on peut la voir , l’œil sévère, diriger sa « troupe » en représentation, prouve sa volonté de réussite. Sous un jour très différent, pendant la répétition, j’ai pu apprécier l’ambiance joyeuse et décontractée, la chaleur et la gentillesse de Claire. Ce qui n’empêche pas la rigueur du travail demandé, comme dans toute chorale digne de ce nom.
Etirements corporels pour commencer, échauffement des cordes vocales par des exercices appropriés, autres exercices de rythmique.
Ce soir, un nouveau chant est mis au programme : « Au cœur de la nuit », chant breton.
Tour à tour, Claire fait travailler chaque « pupitre », c’est à dire les sopranos, les altos, pour les femmes, les ténors et les basses pour les hommes.
Elle leur apprend aussi les nuances du chant, la façon de respirer, comment chanter cinq à dix mesures sans reprendre souffle.
L’une des choristes nous a livré quelques impressions qui vous montreront, vu de l’intérieur, la vie de cette petite communauté. Effaçons-nous devant ce témoignage.

Vous voyez ce que je veux dire ou non ? s’inquiète-t-elle sans cesse, toujours inquiète à l’idée de ne pas avoir su trouver les mots qui nous
permettraient de comprendre ce qu’elle attend de nous…. Elle, notre chef de chœur…
Nous ne sommes que de modestes amateurs, venus avec nos voix toutes simples savourer chaque mercredi un moment de plaisir ensemble autour du chant : deux petites heures dans la joie et dans la bonne humeur…
Mais pendant ces deux toutes petites heures du mercredi, si je réfléchis, c’est fou finalement tout ce que j’ai appris :
Transformer mon nez en crayon, faire des o et des a et des i et des ou dans le même moule, tout en arrachant des carottes ou en lançant  des pierres sur mes voisins.
Faire des tssss, des pffff et des peuh peuh peuh, Faire monter les notes en m’aidant de mes mains pour les faire aller tout en haut, les tirer de derrière la tête ou les projeter à la face de qui je veux, mais surtout pas les prendre par en dessous.
Bailler, bailler et bailler, et continuer à bailler en chantant et continuer à chanter en baillant.
Me transformer en cathédrale aux larges voûtes. Projeter ma voix comme un javelot lancé sur mes « copines de chorale…
Pour tout cela, pas besoin de connaître les croches et demi-croches, les arpèges et des triolets… même pas les notes !
Juste avoir l’envie de chanter… et de se faire plaisir en chantant… tous en chœur, ensemble…

Le répertoire choral fait beaucoup voyager. Celui des « Voix du Nord » n’échappe pas à la règle et nous promène d’Argentine en Israël, en passant par le Béarn, les landes de bruyère de Scarborough Fair et les bords animés du Rhin. En pratiquant cette discipline, on devient même un tout petit peu polyglotte, jonglant d’une minute à l’autre du français à l’anglais, du bolivien au créole ou à l’hébreu, voire à des langues imaginaires, jouant avec les onomatopées.
Choriste à mes heures, je sais aussi que l’exercice choral donne aussi l’occasion de vivre des expériences fortes de solidarité, avant et pendant les concerts en fondant sa voix avec celle des autres, renonçant à sa personnalité. Cela entraîne aussi de forts moments de convivialité autour de bons repas de Noël ou de fin d’année.
Et, à coté de tout cela, le sentiment d’apporter sa petite pierre à ceux qui souffrent en chantant pour les malchanceux de la vie, comme ce fut le cas en mars dernier.
Si tout ce qui précède ne vous donne pas envie d’aller y voir à votre tour, c’est que vous êtes, au choix, désespéré de la vie, ce qui par les temps qui courent peut à la rigueur s’expliquer, ou revenu de tout, exempt de curiosité.
En tous les cas, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas que l’on chantait dans notre quartier.

« Les Voix du Nord » vous attendent de pied ferme, pour participer avec eux, en plus du plaisir de chanter, à des actes de solidarité.

Les Voix du Nord
48 rue du lieutenant de Sesmaison
44300 Nantes
02 40 63 33 65    
chorale.lesvoixdunord@laposte.net